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Tribune Libre parue dans L’Humanité du 8 mars 2001
" L’humain " menacé
Par Andre Langaney et Jean Rouch
 
Le muséum national d’Histoire naturelle, son musée de l’Homme, le musée national des Arts africains et océaniens et le musée national des Arts et Traditions populaires relèvent d’un même projet - celui du siècle des Lumières - de constituer des collections nationales pour la recherche dans les sciences de la nature et humaines, pour l’enseignement universitaire de ces sciences et pour la communication vers les scolaires et le public de leurs résultats, en particulier par des expositions et des démonstrations de collections.

Au musée de l’Homme, ce projet traite le phénomène humain depuis l’origine animale de nos ancêtres jusqu’à la diversité biologique et culturelle des populations et ce qu’elle implique pour nos sociétés. C’est le seul lieu en France présentant l’humain vu par toutes les sciences qui le concernent. La diffusion mondiale, par centaines d’exemplaires, d’une exposition comme " Tous parents, tous différents ", le succès populaire du film ethnographique, ou l’anticipation de quarante ans de la mondialisation de la musique par les recherches de musicologie, ne sont que quelques-uns des témoignages de la pertinence de cette démarche et de la demande publique, médiatique et scolaire à laquelle elle répond.

Dans ce cadre, l’art est présent, comme une composante intégrée de la vie sociale, des cultures dont on traite - et non de la nôtre. Le malentendu a commencé quand des modes datant de l’époque coloniale et de certains courants artistiques ont vu de l’art et de la valeur marchande dans des objets de culte, des vestiges archéologiques ou des artefacts variés, pourvus d’un sens différent dans leur société d’origine. Le marché de l’art dit " nègre ", puis " primitif ", puis " premier ", par des collectionneurs et commerçants sans scrupules, surtout quand les cours montent, méprise le sens social, religieux ou culturel d’objets que, seules, les sciences humaines peuvent restituer.

À condition que leurs sources orales ou écrites n’aient pas été détruites par les voleurs d’objets et les pilleurs de sites archéologiques. Ceux-ci alimentent encore un marché spéculatif où l’ignorance des acheteurs fortunés ou de représentants peu scrupuleux des contribuables permet tous les coups fourrés, de la vente de " faux " à des prix astronomiques par les plus grands négociants jusqu’à une exposition dans l’enceinte du Louvre par les promoteurs de l’éventuel musée du Quai Branly, comportant des pièces pillées au Nigeria.

Beaucoup de collectionneurs refusent de voir dans les Africains ou les Océaniens d’aujourd’hui les auteurs des formes et des objets dont ils se délectent et les créateurs susceptibles de répondre à leur demande. Ils ont, par leur cécité, encouragé une gigantesque industrie du faux ethnographique et archéologique, dont le talent artistique et technique fait souvent plus beau que l’original et trompe même les datations physiques dans le cas de certains faux archéologiques.

Certains collectionneurs cherchent même l’authenticité morbide, comme le sang humain sur la pierre sacrificielle ou la relique d’un objet funéraire. S’agit-il encore d’art ou de perversion ? Face à cela, le pouvoir politique propose de construire un musée qui coûtera plus de deux milliards de francs au contribuable, dont plus de 300 millions en achats non éthiques à des collectionneurs privés, décidés par un comité où les commerçants remplacent les scientifiques. On veut fermer deux musées nationaux, sinon trois, en les privant de tout ou de l’essentiel de leurs collections, même quand celles-ci ne concernent pas le projet. Quatre-vingt-quinze pour cent des collections d’ethnologie du musée de l’Homme se rapportent à la vie quotidienne et n’ont aucun rapport avec l’art. Pourquoi veut-on les prendre et les stocker n’importe où, alors que l’éventuel musée Branly ne sera pas construit avant 2005 et n’en aurait pas l’usage ?

La grève des musées nationaux, qui a commencé au musée de l’Homme et au MNAAO, n’est pas banale : elle est partie des surveillants, restaurateurs, muséologues, bibliothécaires, chercheurs et étudiants, dont l’outil de travail est menacé sans qu’on leur dise l’avenir des collections nationales dont ils sont responsables et dont, en tant que citoyens, ils se sentent détenteurs parmi d’autres. Ils refusent que les fonctions éducatives et culturelles de leurs établissements soient compromises pour la coûteuse satisfaction de maniaques qui rêvent, pour leur salon, d’objets exotiques dont ils ignorent le sens, mais idolâtrent le prix. Comment ne les rejoindrait-on pas dans ce combat ?

André Langaney et Jean Rouch, respectivement anthropologue et cinéaste.

Texte d’une Tribune Libre parue dans L’Humanité du 8 mars 2001.

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